Histoire et Patrimoine

Histoire et Patrimoine
Oey qu’em a Labatut ...

«Oey qu’em a Labatut, un bilatye agradiù, lou cap au sou e lous pès proche d’un biroulet dou Gabe, fier de sous titres de noblésse, de las bielhes peyres de l’endrét de Lamothe, dou camp bathalhè dou Castéra, d’ue bielhe gleyse th’és quilhe cayrude é horte su un tepè dou bielh bourg. Lou camin reyaù passe deban un castet seignouraü, lou camin nau que trabesse lou bourg de cap a Paü, déchan a drete é a gauche meysouns cazalères é broys casteréts.

E sustout aco la douçou dou cèu, la gauyou dou sourelh, la sabrou dous fruts é la calou dou bin. La calou dou bin que l’am abude dap Moussu Baco, reyèn, lou pay dou 22 A, de l’Estellat, dou Doutiù, dou Céline.»

Traduction

«Aujourd’hui, nous sommes à Labatut, un village agréable, la tête au soleil et les pieds proches d’un méandre du Gave, fier de ses titres de noblesse, des vieilles pierres du site de Lamothe, du camp de défense du Castéra, d’une vielle église qui se dresse, carrée et fortifiée sur un coteau abrupt du vieux  bourg. La « voie royale » passe devant un château seigneurial ; le chemin neuf traverse le bourg vers Pau, laissant à droite et à gauche des maisons « cap-cazalières»  et de beaux petits châteaux.

Et par-dessus tout ça, la douceur du ciel, la gaieté du soleil, la saveur des fruits et la chaleur du vin. La chaleur du vin, nous l’avons obtenue avec Monsieur Baco, instituteur (à Labatut de 1889 à 1891), le père du « 22 A », de l’Estellat», du « Douriou», du « Céline.

écrit par Raoul Bénesse (1898-1989), instituteur labatutois de la maison « Yantillon », en poste à Labatut en 1924-25.

Présentation de Labatut

Commune de Gascogne dans l’arrondissement de Dax et le canton de Pouillon, Labatut appartient au « pays chalossais ». Situé au sud de l’Adour, à 20 kilomètres de Dax et à mi-chemin entre Bayonne et Pau, Labatut occupe une position de carrefour, entre le Béarn, le Pays d’Orthe et la Chalosse. Ses communes limitrophes sont : Saint Cricq du Gave, Cauneille, Pouillon, Misson, Habas, Lahontan (Pyrénées Atlantiques).

Le Gave de Pau ourle sa frontière sud et se laisse enjamber par deux ponts, vers St Cricq du Gave et vers Lahontan.

Géographie de Labatut

Le village s’étend sur 10 kilomètres d’Est en Ouest et sur 5 kilomètres du Nord au Sud. Sa superficie est de 21,22 km². Ses coordonnées géographiques sont : Latitude 43°33' Nord ;  Longitude 0°59’  Ouest.

Dernier village de Chalosse avant le Béarn voisin, il présente au voyageur l’aspect d’un relief vallonné, derniers contreforts des coteaux de Chalosse, entrecoupé de talwegs, les « caus », fruit du long travail d’érosion des nombreux ruisseaux qui se jettent dans le Gave de Pau. La plaine du Gave de Pau présente un écosystème naturel de zones inondables appelées glès.

Les points culminants du village se situent à 125 mètres à Labadie près de Habas, puis  à 111 mètres au Pontret, à 104 mètres à la ferme Guillicq et Lartigue, juste avant les 102 mètres de Cadaugade.

Par beau temps, depuis la route du Boscq ou la côte de Péré, il est agréable d’admirer la chaîne des Pyrénées avec la forme massive et harmonieuse de la Rhune à l’ouest puis par la parfaite pyramide du pic d’Anie plein sud.

L’habitat est dispersé, les fermes sont situées au milieu des cultures, le bourg s’est développé dans un premier temps autour de l’église puis en bordure de nationale et de la mairie.

Les maisons sont de style chalossais, landais ou de bord du gave, avec toujours la présence d’un « sòu» (grange au sol de terre battue située au milieu de la maison traditionnelle). Les maisons « landaises » sont à colombages et torchis, sans étage avec grenier ; les « chalossaises » sont rectangulaires, en pierre, à étage avec grenier ; celles du bord du gave sont rectangulaires presque carrées, à étage, avec des façades à large pignon, bâties en galets du gave, adaptées au régime des crues fréquentes de la rivière.

Fin XIX° et début XX°siècle, une dizaine de belles maisons bourgeoises s’élèvent le long de la route nationale 117.

Trois atouts majeurs pour le développement de la commune :

Le gave de Pau, torrent pyrénéen : Sa plaine alluvionnaire fertile et la nappe phréatique favorisait une agriculture à forte valeur ajoutée et présentait les caractéristiques optimales pour l’installation de l’industrie agroalimentaire « SERETRAM ».

La « Route Royale » établie dans la plaine du Gave datant des années 770, quand Charlemagne installa des postes de surveillance pour le passage de son armée revenant d’Espagne, appelée « route royale » de Bayonne à Toulouse par l’Intendant d’Etigny sous Louis XV fut détrônée par la voie napoléonienne, la RN117 aujourd’hui D 817. Le village s’est déplacé le long de cet axe de circulation majeur. Cet axe de communication a permis de développer les échanges économiques.

Histoire de Labatut

Petite notion de toponymie : Labatut tirerait son nom du latin « bastuda » : région de bois denses et touffus.

Quelques dates et sites émaillent le passé de Labatut. :

  • La butte de Lamothe, de par sa position défensive et protectrice, a pu être utilisée comme lieu de vie dans la période néolithique.
  • Les camps de Castera et Bentéyédé ont été habités au temps de l’occupation romaine.
  • Au Moyen Âge, le donjon à meurtrières, aujourd’hui restauré en clocher de l’église, a servi de point de défense de la frontière entre le royaume de France et la vicomté de Béarn. Puis les seigneurs de Labatut construisent leur château sur l’éperon de  Lamothe. Au XVème siècle, le fief de la famille de Labatut est démembré. La famille de Borda succède aux de Caupenne, de Montluc et de Lalande.
  • L’engouement du pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle suscite le passage de nombreux pèlerins à Labatut. Empruntant la voie de Tours, ils passent par Dax, Cagnotte et se dirigent vers Sorde l'Abbaye. Si autrefois, ils passaient le Gave au Bac de Camon vers Balade, aujourd’hui, ils entrent dans la commune au pont de Peyré
  • Aux XVIIème et XVIIIème siècle, Antoine de Lalande-Lamothe est seigneur de Labatut. Le château du Conte est construit avec une partie des pierres de Lamothe. De nombreuses fermes sont bâties et parsèment la campagne. La gestion civile de la paroisse est assurée par la communauté à la tête de laquelle sont un baile et des jurats.
  • La Révolution Française de 1789 amène les habitants de Labatut à organiser leur vie autour de la création de la Commune. En 1814, les Anglais du duc de Wellington sévissent à Labatut, repoussant les troupes françaises du maréchal Soult depuis l’Espagne jusqu’à la grande bataille qu’ils gagneront le 27 février à Orthez. Cinq moulins sont alors en activité. Le presbytère et l’école privée sont construits.
  • Au début du XXème siècle, l’église est restaurée : (on suppose qu’existaient alors des tribunes de bois latérales telles qu’on peut en voir au Pays Basque) démolition de la voûte, le bas côté nord est construit en 1931. A Labadie, la chapelle dans le cimetière de l’église n’est plus que ruines. Les derniers vestiges du château de Lamothe sont nivelés vers 1960.

Au cours des siècles, Labatut a vu ses habitations se regrouper d’abord près du château de Lamothe avec, en contrebas, le traditionnel bourg en forme de rue, comme on le voit aussi dans les villages béarnais proches.

L’église, située sur une position défensive au bord du coteau, au-dessus de la vallée du Gave, a été aussi un lieu de regroupement des maisons.

Début du XXe siècle le bourg s’est déplacé avec sa nouvelle école et sa nouvelle Mairie en bordure de la Route Nationale 117, devenue voie importante d’échanges et de communications, et l’évolution du bourg se poursuit au pied de la côte du « Sorcier » (route de Habas).

Avant la Révolution, des fermes dépendent du bayle de la communauté et d’autres de grands propriétaires, parmi lesquels le châtelain de Lamothe ou les prêtres de la paroisse qui percevaient une dîme (dont 1/3 allait aux chevaliers de Malte) : redevances et corvées sont obligatoires. Le seigneur, les prêtres et le bayle gèrent la paroisse, et les riches habitants qui constituent le Conseil de Fabrique de l’Eglise participent également aux décisions.

Les bouleversements républicains de 1789 entraînent à Labatut la création de la municipalité avec l’élection du Maire. Ceux qui votent sont ceux qui savent lire et écrire et qui paient la taille : les notables instruits et cultivés. Jusqu’à la séparation de l’Eglise et de l’Etat en 1905, l’Eglise garde une certaine influence sur le domaine public.

Liste des maires successifs :

Guilhaume MONCAUP: 1790

Vincent HIRIART: an VIII (1800), 1808

Jean Jacques PONS : 1809 - 1829

Alexis Joseph d’ALEMAN: 1831 - 1843

Jean-Baptiste de BORDA : 1844 - 1845

Jacques Dumas 1845 (maire par interim)

Léonard LABARTHE : 1846 - 1849

Jean Camille MIRANDE : 1849 (maire par interim)

Bernard LAJUS : 1849 - 1852

Jean Camille MIRANDE : 1852 (maire par interim)

Vincent PRUILH : 1852 -1877 (décès)

Barthélemy DARRICAU, 1878 (adjoint assure l’intérim)

Edouard CAMY: 1878 - 1881

Léon GARBAY: 1881

Barthélemy DARRICAU: 1882 - 1883 (maire par interim)

Baptiste BOUTGES: 1883 - 1889

Pierre PUYO : 1889 -1909(décès)

Barthélemy BARERE: 1909  - 1919

Laurent CAZAUX : 1919 - 1925

Vincent CAMY : 1925 - 1943

Ernest CASTERA : 1943 - 1944

Jean LAFARGUE : 1944 - 1947

Georges DUMAS : 1947 - 1971

André LACARRAU : 1971 – 1983

Jean-Jacques SENJEAN : 1983-1995

Bernard DUPONT depuis 1995

Economie de Labatut

L’agriculture est le fondement économique du village jusqu’aux années 1970 : polyculture, élevages divers sans prédominance permettant l’autosubsistance.

Si le recensement de 1896 indique un total de 256 agriculteurs, ils sont 94 en 1970 et 21 en 2004. Jusqu’en 1945, on note très peu de propriétaires terriens. D’autre part, une grande majorité de métayers est soumise aux lois antiques du partage des récoltes avec le propriétaire. La chute irrémédiable du nombre de paysans commence en 1945. En 1970 vient le temps de l’exode rural et du vieillissement des propriétaires. A partir des années 1980, l'industrie agro-alimentaire et les activités artisanales ont relancé l'économie locale accompagné d'un accroissement de la population.

Le Gave de Pau, torrent impétueux à ses heures, est un grand «mangeur de bonnes terres». Au cours de l’histoire, le vain aménagement de son lit est un leitmotiv pour les régisseurs, représentant les propriétaires. Certains agriculteurs doivent le traverser pour cultiver les terres sur l’autre rive. Les gués permettent le passage des hommes et du bétail, sur les bacs, avec tous les risques que cela comporte. Dans les années 1990, l’endiguement du lit du gave l’a définitivement discipliné. La pêche constitue une part de ressource alimentaire.

Fin XIXème, début XXème siècle, la révolution industrielle impulse l’aménagement de la Route Nationale 117, l’extension du réseau ferré et la construction de la gare en 1863. Avec l’arrivée des premiers moteurs, l’activité artisanale prospère à Labatut (tonnellerie, menuiserie, saboterie, forge, scierie…) et bouscule la tradition agricole.

Grâce à la Compagnie des Chemins de Fer du Midi, l’échange des marchandises est facilité ; nombre d’emplois sont créés (entretien des voies, service de la gare, surveillance par des garde-barrières aux passages à niveau…) qui favorisent une bonne activité des commerces au village ainsi qu’une vie sociale animée.

Après le relais de la malle-poste, un bureau des Postes et Télégraphes est créé place de l’école à « Commis » de 1896 à 1932, puis un bureau de poste voit également son développement plus près de la « 117 » de 1932 à 2015. Depuis 2015, une Agence Postale Communale a pris le relais dans les locaux de la Mairie.

L’essor des nombreuses activités artisanales s’accompagne de l’amélioration des installations du « service public » : la Mairie, la Poste et l’Ecole.

Démographie à Labatut

Le début du XXème présente une baisse démographique importante : en 50 ans, après une forte croissance de la population, nous perdons à Labatut environ 400 personnes, en comptant les 71 « Morts pour la France » de la guerre de 14/18.

Dans les Landes, le canton de Pouillon ressent plus tardivement cette hémorragie de population. On peut trouver les raisons de cette baisse en considérant l’évolution de cette société essentiellement rurale (environ 70 % des actifs sont agriculteurs), caractérisée par :

  • l’exploitation des terres en métayage
  • les activités agricoles soumises aux intempéries, aux crises économiques et aux maladies de végétaux,
  • l’absence de progrès techniques et d’échanges d’idées sociales.

L’industrie exerce une attraction croissante chez les paysans. En outre, le chemin de fer favorise les déplacements de la main d’œuvre et la circulation des marchandises. La mécanisation du travail remplace une main d’œuvre peu payée et les animaux de traits… L’exode rural dépeuple les campagnes.